Scénario Alain Tanner
Image Renato Berta, Carlo Varini
Musique Bach, Arié Dzierlatka
Son Marcel Sommerer, Luc Yersin
Décors Yanko Hodjis
Montage Brigitte Sousselier, Marc Blavet
Production Groupe 5 (Genève), Télévision suisse SSR, Filmantrope, Nouvelles Éditions de Films (Paris), CECRT (Paris)
Interprétation
Josée Destoop, François Marthouret, Juliet Berto, Anne Wiazemsky, Jacqueline Cuenod
Le Retour d’Afrique est un film à quatre personnages : Françoise, Vincent, une caméra qui les filme et un spectateur qui, tout en regardant Françoise et Vincent, voit qu’ils sont filmés par une caméra. Françoise et Vincent étant mariés, disons pour simplifier qu’il s’agit d’un film à trois personnages : FV (Françoise et Vincent), C (la caméra) et S (le spectateur) qui sont chacun la pointe d’un triangle. Le film n’existe que lorsque le triangle peut se fermer, c’est-à-dire lorsque s’établit le rapport FV-C-S, c’est-à-dire encore lorsqu’il a été vu au moins par un spectateur et que celui-ci sait (ou devine) qu’il est la pointe d’un triangle. Ce qui signifie que S comprenne qu’il ne doit pas simplement regarder FV mais FV vu par C, qui s’efforce de son côté de le lui faire sentir, afin que S ne se croie pas dans la rue mais au cinéma. Le triangle repose donc sur une base de nature dialectique. Afin que FV ne soient pas la pointe supérieure du triangle, on a choisi d’inventer pour eux une histoire aussi simple qu’édifiante. En effet, FV a) ne savent pas quoi faire b) hésitent entre partir et faire un enfant c) décident de partir d) donc sont partis en imagination e) sont empêchés de partir f) sont donc partis tout en restant g) sont exilés dans leur propre ville h) doivent aider un ami qui a des ennuis avec les gendarmes i) donc restent j) vont habiter près d’un aéroport k) travaillent de nouveau l) font un enfant (scène 72) m) se demandent qui s’en occupera n) cherchent une solution. Pour S, qui forcément s’y connaît en abcdefghijklmn, le film va devenir non plus le film d’une histoire mais le commentaire d’une histoire et même le commentaire du film d’une histoire. Grâce à C, S pourrait peut-être devenir le citoyen S, rôle que malgré certaines apparences, il ne joue plus guère au dehors. D’où l’importance du cinéma, et celle de s’efforcer de lui donner une forme triangulaire.
Dès Charles mort ou vif (1969), de film en film, Alain Tanner s'efforce de préciser les rapports qu'entretiennent les gens (ses con-temporains) avec le monde naturel ou social dont ils sont à la fois une partie constituée et une partie constituante. Du...
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Le Retour d’Afrique
Alain Tanner
35mm — noir et blanc — 1h50 — 1973
Josée Destoop, François Marthouret, Juliet Berto, Anne Wiazemsky, Jacqueline Cuenod
Le Retour d’Afrique est un film à quatre personnages : Françoise, Vincent, une caméra qui les filme et un spectateur qui, tout en regardant Françoise et Vincent, voit qu’ils sont filmés par une caméra. Françoise et Vincent étant mariés, disons pour simplifier qu’il s’agit d’un film à trois personnages : FV (Françoise et Vincent), C (la caméra) et S (le spectateur) qui sont chacun la pointe d’un triangle. Le film n’existe que lorsque le triangle peut se fermer, c’est-à-dire lorsque s’établit le rapport FV-C-S, c’est-à-dire encore lorsqu’il a été vu au moins par un spectateur et que celui-ci sait (ou devine) qu’il est la pointe d’un triangle. Ce qui signifie que S comprenne qu’il ne doit pas simplement regarder FV mais FV vu par C, qui s’efforce de son côté de le lui faire sentir, afin que S ne se croie pas dans la rue mais au cinéma. Le triangle repose donc sur une base de nature dialectique. Afin que FV ne soient pas la pointe supérieure du triangle, on a choisi d’inventer pour eux une histoire aussi simple qu’édifiante. En effet, FV a) ne savent pas quoi faire b) hésitent entre partir et faire un enfant c) décident de partir d) donc sont partis en imagination e) sont empêchés de partir f) sont donc partis tout en restant g) sont exilés dans leur propre ville h) doivent aider un ami qui a des ennuis avec les gendarmes i) donc restent j) vont habiter près d’un aéroport k) travaillent de nouveau l) font un enfant (scène 72) m) se demandent qui s’en occupera n) cherchent une solution. Pour S, qui forcément s’y connaît en abcdefghijklmn, le film va devenir non plus le film d’une histoire mais le commentaire d’une histoire et même le commentaire du film d’une histoire. Grâce à C, S pourrait peut-être devenir le citoyen S, rôle que malgré certaines apparences, il ne joue plus guère au dehors. D’où l’importance du cinéma, et celle de s’efforcer de lui donner une forme triangulaire.
Prix du Jury œcuménique Berlin 1973
Dans nos archives...
Textes
1985
Salutation d'Alain Tanner
Dès Charles mort ou vif (1969), de film en film, Alain Tanner s'efforce de préciser les rapports qu'entretiennent les gens (ses con-temporains) avec le monde naturel ou social dont ils sont à la fois une partie constituée et une partie constituante. Du...
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